Quand l'idée a germé dans mon esprit
de motard d'aller visiter la source présumée de la Garonne, j'imaginais en fait une sorte de promenade sur des routes sinueuses de montagne.
C'est ainsi que, quelques mois auparavant, le hasard avait collé mes pneus sur la route humide du Mont Gerbier des Joncs. Une jolie montée un peu montagneuse, quelques beaux virages, pour finir sur un large plateau bien balisé, avec parking, café, hôtel et le magnifique Gerbier trônant au beau milieu de 1.500 camping-cars, 30.000 touristes, 11.375 vélos, sans compter les motos: on se serait dit au Castellet chez Paul Ricard un jour de Bol d'Or. Bref, ceci est une autre histoire que je raconterai peut-être plus tard, si vous êtes sages.
La Maladeta n'a rien à voir avec le "Gerbier".
Un conseil que je n'aurais certainement pas suivi si on me l'avait donné (mais qui me servira de première leçon): ne pas s'aventurer seul sur ce massif.
Maladeta en espagnol, cela signifie "Malédiction" ou "Maudite".
Maladeta la bien nommée saurait vous faire payer cash et cher...
Aneto me voici. C'est en culottes courtes en classe de 6e que j'ai commencé à rêver de toi, Pic d'Anie. Aujourd'hui, mon rêve se réalise.
Tout avait pourtant bien commencé:
soleil radieux, paysages somptueux routes sinueuses "comme dans un rêve".
Que du bonheur. Il ne restait plus qu'à prendre un peu plus d'altitude...
Mais avec l'altitude la météo s'est faite plus capricieuse.
Dans ma petite tête de méditerranéen côtier, je me suis dit: ça va passer.
Deuxième leçon: le climat pyrénéen de haute montagne n'a absolument rien à voir avec le climat de La Cote d'Azur.
Ainsi , quand le temps tourne à l'orage, il n'y a pas le petit coup de Mistral pour remettre les pendules à l'heure.
Nan..plus ça va et plus c'est pourri!
Le seul bon moyen de sauver sa journée, est de retourner vite au camping un peu plus bas, et de prendre un bon grog sous la couette. (encore un conseil en bois !).
Seulement voilà...
Chez nous dans le midi, on appelle ça "être un peu TESTARD"
...tête de mule, si tu préfères. Et ma curiosité restait sur sa faim.
D'accord la météo n'est pas terrible, mais tout de même ! On est dans un pays civilisé, non ?
Troisième leçon: plus tu montes dans la Maladeta, et moins tu es dans une région civilisée.
Allez!! encore quelques tours de roues et tout ira pour le mieux!
Nouvelle leçon: non, rien ne va mieux
Le tonnerre se fait assourdissant, et la route se transforme progressivement en torrent, transportant essentiellement des débris de rochers détachés des parois.
Là par contre, ça devient sérieux. Mieux vaut ne pas mettre pied à terre et continuer doucement sa progression, au risque de ne plus redémarrer.
L'orage se calme enfin.
Le temps de se poser et de profiter de ce magnifique paysage sauvage.
En fait, ici, pas de camping-car, pas de vélo, pas de voiture, pas âme qui vive.
Pas la moindre civilisation... Une remise désaffectée me renvoie à ma solitude.
Prendre soudain conscience de sa solitude...
Rien ni personne, soit. Mais aussi aucun moyen de communication: ici les portables les plus sophistiqués font figure de vulgaire boite de plastique. Pas le moindre relais!
Une panne, un pneu crevé, une morsure de serpent (pourquoi pas, je suis dans les hautes Pyrénées!) et c'est terminé.
Personne ne sais où je suis allé aujourd'hui, ni quand je dois rentrer.
Personne pour me rechercher, pour s’inquiéter de mon absence...
Au fait, c'est vrai qu'il y a des ours dans les Pyrénées?
La journée avance... Je crois que je ne vais pas attendre confirmation de la réponse!
Il est temps de redescendre, car la route n'en est plus une!
Autant que cette formidable balade se termine bien.
Aux détours d'un virage, un petit torrent descend vers la vallée.
Je n'en suis pas certain, mais j'ai la faiblesse de penser que ces quelques filets d'eau vont se transformer en un fleuve grandiose, qui un jour prochain alimentera nos amis Bordelais.
De retour dans la vallée!!
un peu de soleil pour sécher les vêtements, et encore 140 km avant de rejoindre le camp.
Départ 8h, retour 21h30 et une boucle de 460 km dont environ 200 sous la pluie.
Enfin le camp.
Bonne nuit, les petits...
Aneto, Lac Llauset, La Maladeta